*Dossier "Crâne et sac à dos "

Par Elisa Artigue-Cazcarra    

Le mystère des disparus http://www.sudouest.fr/pyrenees-atlantiques/

La découverte d'ossements humains rouvre d'anciens dossiers jamais élucidés

Le cirque de Lescun : c'est là que furent découverts un crâne, des ossements et un vieux sac à dos ces derniers jours.

Le cirque de Lescun : c'est là que furent découverts un crâne, des ossements et un vieux sac à dos ces derniers jours. (photo archives guillaume bonnaud)

Ils s'appellent Didier Séguin, Yoann Vasquez, Philippe Larre, Laurent Prat et Caroline Jourquin : ce sont les plus anciens disparus de la montagne béarnaise. Le premier, un Girondin de 29 ans, part marcher en solitaire autour de Lescun, ce 22 juin 1997. Il ne reviendra jamais. Le deuxième, un jeune Breton de 22 ans, berger en stage à Herrère, s'engage sur le chemin de la Mâture, à Etsaut, cet après-midi du 13 février 2005. Il n'est jamais reparu. Le troisième, un Bayonnais de 30 ans, n'a plus donné signe de vie depuis début juin 2005 : seule trace de lui, sa voiture est retrouvée dans le secteur du col de Marie-Blanque, sur la commune d'Escot.

Les deux derniers forment un couple heureux en cet été 1997. Originaires de l'Ain, ils sont en vacances dans les Pyrénées. Leur véhicule est découvert le 11 août au lac de Bious-Artigues, point de départ de nombreuses randonnées en vallée d'Ossau. Les intenses recherches ne donneront rien.

Une enquête complexe

Dans tous ces cas, la thèse de l'accident de randonnée a été privilégiée par la justice. Mais malgré d'intenses recherches, aucun corps n'a jamais été retrouvé. Depuis la découverte d'ossements humains semblant dater de plusieurs années ces jours derniers, en contrebas des crêtes d'Ourtasse, au nord-est du village de Lescun, ces noms reviennent en boucle dans la bouche de nombreux valléens. Et dans l'esprit des gendarmes d'Oloron-Sainte-Marie, chargés de l'enquête. « Nous exhumons nos archives, notamment celles concernant Didier Séguin, Yoann Vasquez et Philippe Larre, qui ont tous trois disparus en vallée d'Aspe. Mais nous restons très prudents. Seules les analyses génétiques pourront, peut-être, nous permettre d'identifier cette personne. Mais attention, cela n'est pas garanti. Il n'y a ainsi pas d'ADN dans un crâne. Quant aux autres ossements découverts mardi (qui pourraient correspondre à un bassin, NDLR), tout dépend de leur état de dégradation. Il ne faut surtout pas donner de faux espoirs aux familles », insiste le capitaine Civit, commandant de la compagnie d'Oloron.

Plusieurs ont déjà contacté les gendarmes. « J'ai reçu des mails des proches de Yoann et du couple disparu en vallée d'Ossau », confie le lieutenant Olivier Fernandez. « Nous n'avons jamais perdu le fil avec ces familles qui vivent un supplice. Pour nous, c'est aussi difficile de ne pas trouver, cela nous hante. Les disparus ne sont pas oubliés », poursuit le chef du peloton de gendarmerie de haute montagne.

Le supplice des familles

À Pessac, en Gironde, Joëlle Séguin, la sœur de Didier, a reçu un coup de téléphone des enquêteurs hier matin lui annonçant les récentes découvertes. « Ils m'ont expliqué que trois mois seront nécessaires avant de savoir si les ossements sont ceux d'un homme de l'âge de mon frère. Si tel est le cas, et uniquement à cette condition, des comparaisons seront réalisées avec l'ADN de ma mère. Avant de mourir de chagrin en 2005, elle avait fini par obtenir ces prélèvements que la justice lui refusait », témoigne cette femme dont la vie et celle de ses parents « ont été brisées ». D'abord par la douleur « de ne pas savoir » ce qu'est devenu leur proche. Et puis « par cette procédure très complexe et inhumaine pour les affaires de disparitions de personnes majeures ». « Je sais que les gendarmes ont fait tout leur possible. Mais le procureur de Pau de l'époque nous a refusé pendant des années les prélèvements ADN. Il a fallu qu'on se batte et qu'on prenne un avocat pour cela », raconte Joëlle Séguin.

La famille de Yoann Vasquez a connu le même chemin de croix jusqu'à l'an passé et l'arrivée d'un nouveau procureur à Pau. « Aujourd'hui, je vis dans l'espoir qu'il s'agisse de mon frère. Je veux lui offrir une véritable sépulture, souffle la Pessacaise. Les trois prochains mois vont être très durs. »


 20 septembre 2012 *

Béarn : le disparu identifié quinze ans après

http://www.sudouest.fr/2012/09/20/la-montagne-rend-l-un-de-ses-disparus-825895-7.php

Le crâne découvert en décembre dernier est celui d'un Girondin disparu en 1997.

C'est au pied du belvédère de Lescun que les ossements de Didier Séguin ont été découverts en décembre dernier

C'est au pied du belvédère de Lescun que les ossements de Didier Séguin ont été découverts en décembre dernier (Bonnaud Guillaume)

C'est l'une des plus anciennes disparitions de randonneurs signalées dans la montagne béarnaise qui est en passe d'être élucidée : celle de Didier Seguin, un Mérignacais de 29 ans qui n'est jamais rentré d'une balade en solitaire autour du village de Lescun, en vallée d'Aspe, le 22 juin 1997. D'importantes recherches sont engagées à l'époque, mais ne donnent rien. Au point mort, l'enquête est relancée voilà quelques mois par une macabre découverte. Le 29 décembre dernier, un randonneur passionné de géologie, à la recherche de pierres rares dans le cirque de Lescun, trouve un crâne humain, en contrebas du sentier du belvédère. Un endroit a priori sans risque, situé à 700 mètres à peine du point de départ de la randonnée de Didier Seguin, qui n'avait jamais été fouillé. Le secteur est alors inspecté par les gendarmes, qui déterrent un vieux sac à dos et rouvrent aussitôt les dossiers non résolus des disparus du massif.

Morts de chagrin

À Pessac, en Gironde, Joëlle Seguin, la sœur de Didier, reçoit un coup de téléphone de la gendarmerie d'Oloron, début janvier. L'angoisse qui ne l'a jamais quittée depuis quinze ans et qui a emporté ses parents, morts de chagrin de ne pas retrouver leur fils et de ne pas savoir ce qui lui est arrivé, se réveille. Pendant des mois, elle attend l'horrible confirmation, qui tombe fin juillet. Les longues et complexes analyses réalisées sur le crâne par l'Institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois et leur comparaison avec le dossier dentaire de Didier Seguin concluent à son identification. En outre, le vieux sac à dos est formellement reconnu par le futur beau-père du garçon, qui était sur le point de se marier et passait quelques jours dans la maison de vacances de la famille de sa promise, à Lescun, lorsqu'il a disparu.

Mais alors, que s'est-il passé ce funeste 22 juin 1997 ? Aucun élément criminel n'a été découvert. « La thèse d'un dramatique accident de randonnée, une chute, est retenue », explique la vice-procureur de Pau, Stéphanie Paguenaud. Pour autant, le supplice de Joëlle Seguin n'est pas terminé. « Je ne peux toujours pas offrir de sépulture à mon frère car il n'a pas encore été officiellement déclaré décédé. Un juge doit statuer pour cela et j'attends désespérément. Cela fait quinze ans et je n'en peux plus », témoigne-t-elle.


Témoignage : le supplice des familles d'adultes disparus

http://www.sudouest.fr/2012/09/20/le-supplice-des-familles-d-adultes-disparus-825766-4239.php

Joëlle Séguin, la sœur du randonneur dont les ossements viennent d'être identifiés quinze ans après sa disparition à Lescun, raconte son combat semé d'embûches.Cela fait quinze ans qu'elle est écartelée entre deux sentiments. L'angoisse de ne pas savoir ce que son frère est devenu et l'espoir de voir ressurgir ce frangin dont elle était si proche, souriant comme au temps des jours heureux. « La douleur de l'attente vous ronge jour et nuit », confie Joëlle Séguin, qui vient d'apprendre que le crâne découvert en décembre dernier dans le cirque de Lescun était les restes de la dépouille de Didier Séguin, un Girondin disparu en randonnée autour du petit village aspois, le 22 juin 1997, qui aurait eu 45 ans aujourd'hui.

Un supplice auquel ses parents n'ont pas survécu. Tous deux sont morts de chagrin. Une douleur qui ne s'est pas éteinte avec ce coup de téléphone de la gendarmerie d'Oloron-Sainte-Marie, le 28 juillet dernier, lui annonçant que les analyses en laboratoire avaient fini par « parler ».

Les lenteurs de la justice

« Depuis janvier, je sursaute à chaque appel. Enfin je sais, mais je ne peux toujours pas commencer mon deuil et enterré mon frère aux côtés de mes parents. Car il faut maintenant que le tribunal de grande instance de Pau déclare Didier décédé. Je n'ai aucune nouvelle et j'ai toujours peur que les juges me disent ''en fait, il faut encore des expertises, on ne peut pas se prononcer''», témoigne la Pessacaise qui vit cette nouvelle épreuve comme une illustration « des lenteurs de la machine judiciaire ».

Une justice à qui elle reproche « l'inhumanité » des procédures concernant les disparitions de personnes adultes. « Le fait qu'il s'agisse d'un majeur et non d'un mineur fait que la famille compte pour du beurre et n'est pas considérée », affirme-t-elle. Jusqu'au début des années 2000, le parquet de Pau a ainsi refusé à sa mère que son ADN soit prélevé, afin de permettre une comparaison en cas de découverte d'ossements. Elle a fini par l'obtenir juste avant de mourir. Mais il a fallu pour cela que la famille se batte et prenne un avocat. « Ce qui est incompréhensible, c'est le paradoxe entre les personnes de qualité que nous avons rencontrées, des gendarmes principalement qui ne nous ont jamais abandonnés et cette machine infernale », commente la Pessacaise.

Hier, le parquet de Pau indiquait qu'il était sur le point de transmettre une requête au tribunal de grande instance pour que celui-ci prononce la déclaration judiciaire de décès de Didier Séguin. L'audience pourrait se tenir en octobre.

De longues et complexes analyses

Sept longs mois se sont écoulés entre la découverte d'ossements à Lescun, en décembre dernier, et l'annonce à sa sœur qu'il s'agissait de son frère.

Pourquoi a-t-il fallu tant de temps ? D'abord, parce que les analyses génétiques n'ont rien donné. En effet, le crâne, très ancien et dégradé, ne contenait pas d'ADN qui aurait pu être comparé à celui de la mère de Didier Séguin.

L'institut de recherches criminelles de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois a donc focalisé ses investigations sur le dossier médical du Girondin, et notamment sur son dossier dentaire. Problème, celui-ci avait disparu de la procédure. « Heureusement, le dentiste qui suivait Didier depuis son enfance est encore en activité et a conservé toutes ses archives. Mon frère a toujours eu des problèmes de dents, il était donc très suivi et avait subi plusieurs opérations. C'est grâce à l'une de ces interventions sur une molaire qu'il a été identifié », raconte Joëlle Séguin. Un élément renforcé par le témoignage du futur beau-père du disparu qui a reconnu le sac à dos retrouvé par les gendarmes à proximité du crâne. Didier Séguin lui avait emprunté pour partir en randonnée.


Toujours disparus *

La montagne béarnaise n'a toujours rien révélé sur Yoann Vasquez, Philippe Larre, Laurent Prat et Caroline Jourquin. Le premier, un Breton de 22 ans a disparu le 13 février 2005 sur le chemin de la Mâture, à Etsaut. Le second, un Bayonnais de 30 ans, n'a plus donné signe de vie depuis juin 2005 : seule sa voiture a été retrouvée vers le col de Marie-Blanque, à Escot. Les deux derniers sont un couple de l'Ain en vacances dans les Pyrénées. Leur véhicule est découvert le 11 août 1997 au lac de Bious-Artigues.