Oloron-Bedous en 2015...*

La ligne Oloron-Bedous lancée « en 2015, dernier carat »   dossiers3

interview Bernard Uthurry, maire d'Oloron-Sainte-Marie, vice-président de Région en charge des transports, s'exprime sur un dossier qui lui tient à cœur

 Bernard Uthurry : « Il faudrait donner des signes de démarrage pour le tronçon Oloron-Bedous. » PHOTO GUILLAUME BONNAUD

Bernard Uthurry : « Il faudrait donner des signes de démarrage pour le tronçon Oloron-Bedous. »

 PHOTO GUILLAUME BONNAUD

« Sud Ouest ». La ligne Pau-Canfranc reverra-t-elle le jour ?

 

Bernard Uthurry. Je suis optimiste et résolu. En tous les cas, la Région accompagne, c'est peu de le dire, le retour en grâce des transports collectifs. D'abord, parce que c'est un vœu de la population. Chaque fois que l'on améliore un réseau, cela se traduit par une augmentation de la fréquentation. La mobilité est une nécessité croissante pour aller chercher ailleurs du travail, pour les études, les rencontres et les loisirs. Notre région est enclavée, et nos routes, singulièrement l'axe Bordeaux-Bayonne et le trajet Oloron-Pau, sont saturées. Ici, dans notre coin microscopique, nous avons un passage de 12 000 voitures et camions. Il nous faut une alternative à cette congestion. Dans sa dimension TER et transfrontalière, la ligne Pau-Canfranc est effectivement une solution.

Personnellement, que représente pour vous la ligne ferroviaire Pau-Canfranc ?

 

C'est une ligne magique, à très forte valeur patrimoniale. Elle a été conçue au XIXe siècle et réalisée au tout début du siècle dernier par des ouvriers français et espagnols puis essentiellement espagnols, les Français étant partis sur le front de l'Est pendant la guerre de 1914. Il y a toute une symbolique, accentuée plus tard par les différents phénomènes migratoires, économiques puis politiques.

Au minimum, nous devons être attachés à la réhabilitation de ce patrimoine historique, avec tout le respect de ce qui a été fait et en saluant les architectes et ingénieurs de l'époque qui ont construit ces ouvrages n'usurpant pas la terminologie d'« art ». Je me rappelle du rituel de mon père, qui, alors que j'étais enfant, nous arrêtait au pied du pont d'Escot. Vraiment magnifique.

 

Le nouveau gouvernement d'Aragon a pris fait et cause pour la traversée centrale des Pyrénées (TCP). Ne craignez-vous pas que Pau-Canfranc passe au second plan ?

 

Non. Parce que nous ne sommes pas du tout à la même échelle. Pour la TCP, il faudra compter des dizaines de milliards d'euros, ce qui, en l'état actuel des choses, diffère la réalisation. Un jour, nous serons pourtant obligés de la faire. En attendant, une alternative expérimentale se propose pour quelques centaines de millions d'euros.

Sans se projeter sur un tunnel à basse altitude qui pourrait aussi être conçu, la Pau-Canfranc permettrait de conjuguer à la fois le transport de voyageurs et le transport en vrac entre l'Aragon et le Béarn. Prenons en compte le fait que Saragosse est en train de réaliser une plate-forme logistique intermodale qui sera l'une des plus importantes d'Europe.

 

Quels enseignements tirez-vous de l'ouverture du tronçon entre Pau et Oloron en janvier dernier ?

 

Pau-Oloron, c'est 35 kilomètres, un chantier de 35 millions d'euros. Soit 1 million d'euros du kilomètre pour une ligne qui, pour l'instant, n'est pas électrifiée. La Région fait pression sur Réseau ferré de France (RFF) pour que ce soit fait. Mais on peut concevoir que cette demande soit plus recevable lorsque le train arrivera jusqu'à Bedous, puis jusqu'au bout.

La réhabilitation de la voie (entre juillet 2010 et décembre 2010) a été payée par l'État et la Région à parité pour un montant de 26 millions d'euros, par RFF pour le reste. Les résultats sont excellents. Techniquement, la pose des rails en long évite le « tac tac » qui a bercé nos années d'étudiants. Le bruit a été considérablement réduit, au point qu'on nous demande d'installer des barrières à la sortie d'Oloron parce qu'on n'entend pas les trains arriver. La fréquentation est aussi au rendez-vous (NDLR : une moyenne de 1 400 voyageurs par jour).

 

Oloron-Bedous, c'est pour quand ?

 

Cette deuxième partie se fera sur financement exclusif de la Région. Les travaux devaient commencer dès la fin de la première tranche. Malheureusement, à la suite d'un accident ferroviaire, la circulaire Bussereau sur les passages à niveau est venue ralentir le projet. Nous avions obligation de déniveler tous les passages à niveau, or il y en a 27 entre Oloron et Bedous. Sollicitées par le président [de Région] Rousset, des études ont abouti et permis d'obtenir des dérogations. Finalement, la demande est passée à six dénivellations obligatoires, puis à trois. Cela oblige à des études supplémentaires et a renchéri le coût.

Nous avons voté un avenant à la convention pour les études qui sont passées de 2,6 millions à 4,7 millions. Le prix de la réalisation totale a également explosé puisque nous sommes passés d'une trentaine de millions à 103 millions d'euros. Les gens ont le sentiment légitime d'une « chose promise, chose pas due », mais notre volonté est ferme. Il me semble qu'un certain nombre d'avancées pourraient être réalisées. Il faudrait donner des signes de démarrage, comme l'enlèvement des voies, par exemple. 7

 

Quel est exactement le calendrier ?

 

Les premières étapes devraient se dérouler fin 2011, puis il y aura la mise en place d'une DUP (déclaration d'utilité publique) en 2012, pour un commencement des travaux en 2013. Le lancement de la ligne est prévu en 2015, dernier carat.

RFF a fait une première série de visites au début de l'été aux maires de toutes les communes traversées. Il s'agissait de travailler sur les arrêts possibles et sur la fréquence des trains qui devrait être de quatre allers-retours par jour. À Bedous, par exemple, le maire, Henri Bellegarde, se bat comme un beau diable pour bénéficier de terrains qui ne lui appartiennent pas. Il serait de bon ton de faire éclore une zone d'activités qui donnerait un sens à l'arrivée du train.

Propos recueillis par J. S.

 Sud-Ouest 24/09/2011
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