*Ours et transhumance...*

Brebis attaquées : l'ombre de Néré au-dessus d'Etsaut

Par Éric Normand                                          rep des pyr
Publié le 24 septembre 2011
 


Les attaques de brebis pourraient être l'oeuvre de Néré dont le territoire court au dessus d'Etsaut. Photo DR 

Le berger Bertrand Domengeus déplore les attaques dont son troupeau a été victime, des actes qu'il attribue à Néré. Mais au Parc national, on préfère rester prudent.

« 50 brebis sont mortes et 30 ont été blessées » : c'est le bilan dressé hier par le berger Bertrand Domengeus, qui garde un troupeau de 1300 bêtes - appartenant à 5 propriétaires différents - au-dessus d'Etsaut, dans le secteur dit de la cabane de Yese, près du col de Sesques.

En cause, selon le berger, une succession d'attaques d'ours. Ces dernières se seraient produites en fin de semaine dernière et au début de l'actuelle, entre samedi soir et lundi. « Mais depuis lundi plus rien. Il a dû bouger un peu plus loin » raconte Bertrand Domengeus.

Néré, présumé coupable sur son territoire

La majorité des brebis mortes n'auraient pas survécu à leur chute dans la pente après avoir été effrayées. Quant aux bêtes blessées, certaines ont succombé par la suite à leurs blessures. Pour Bertrand Domengeus, l'ours Néré est bien plus qu'un suspect présumé dans cette affaire. Sa culpabilité ne ferait même guère de doute. « Il y a des traces de griffures et ici c'est son territoire. Il circule pas mal dans le secteur. Au-dessus d'Etsaut et parfois jusqu'à Borce. Il ne va pas beaucoup plus loin. »

Le Parc confirme l'ours mais pour... trois brebis

Au Parc national des Pyrénées, on confirme bien les attaques d'ours au-dessus d'Etsaut. Mais on tempère conséquemment le bilan chiffré du berger. « Nous sommes sûrs que c'est l'ours pour trois brebis. Pour les autres, les investigations se poursuivent » indique Lydie Jouve. Des agents du Parc se sont donc rendus sur les lieux en début de semaine et ont procédé à divers prélèvements afin de déterminer si le seul ours est responsable de la totalité des faits. « On ne peut pas encore le dire, nous n'avons pas les résultats. »

Pas question non plus d'annoncer que les agressions dont l'origine ursine est avérée sont l'oeuvre de Néré. « Là non plus, nous ne savons pas. Certains disent que c'est Néré mais pour l'instant, on ne sait pas. Il faut les analyses ADN pour le confirmer. » Des tests que le berger, bon connaisseur des lieux, juge de toute façon inutiles : « Par ici, il n'y a que lui. À moins que l'on ait relâché un ours discrètement... »

 

===> « Mes brebis n'iront pas là-haut l'an prochain »

Éleveuse à Escout, Maylis Coustillas est l'un des éleveurs dont les brebis étaient gardées à la cabane de Yese. Pour elle, c'est un peu la double peine. « Un préjudice financier mais surtout moral. Ces brebis sont comme mes enfants, mes bébés » exprime, dans un mélange d'émotion et de colère, la jeune bergère de 26 ans, installée depuis quatre ans à Escout.

« C'était un véritable carnage...»

Comme quatre autres éleveurs, elle avait confié ses bêtes au début de l'été à un autre berger, Bertrand Domengeus. « 90 mères et 35 agnelles qui étaient montées à la fin du mois de juin. Bertrand m'a prévenu du carnage mais m'a conseillé de ne pas monter. C'est mon compagnon qui est allé voir sur place ».

Hier soir, l'éleveuse ne savait pas précisément combien de brebis elle avait perdues. Mais annonçait d'ores et déjà que ses bêtes « n'iront pas par là-haut l'an prochain ». Trop dangereux désormais de s'aventurer sur le territoire de Néré. « Il y a des patous et pourtant l'ours a attaqué. Et pas pour se nourrir, mais simplement pour tuer. Des bêtes ont dû être achevées pour abréger leurs souffrances. Des anciens m'ont parlé de l'ours mais il ne se comportait pas comme les ours slovènes aujourd'hui. A la limite, que l'ours prélève pour simplement se nourrir et je n'aurais rien à redire. Mais là, c'est un véritable carnage. Celui-là, l'an passé, il est même venu fouiller dans des poubelles à Bedous ! »

 


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Ours Pyros, le "casanova" des Pyrénées : "il les attrape toutes"              SUD-OUEST   14/10/2011

Depuis son introduction en France il y a 14 ans, l'ours mâle Pyros a assuré la survie de l'espèce tout en se jouant de la présence des hommes

L'ours Pyros lors de sa réintroduction en France (Photo Jean-Jacques Saubi)

L'ours Pyros lors de sa réintroduction en France (Photo Jean-Jacques Saubi)

L'ours Pyros a un âge vénérable mais porte encore beau. Le premier mâle réintroduit dans les Pyrénées collectionne les conquêtes, affiche une descendance nombreuse et a longtemps dominé sans partage la population des plantigrades.

Pyros, 23 ans, a déboulé à Melles (Haute-Garonne) le 2 mai 1997, au lendemain de sa capture dans sa Slovénie natale.

Depuis, il a "fait son travail: assurer la survie de l'espèce tout en se jouant de la présence des hommes" dont tous n'étaient pas forcément ravis de le voir revenir dans les Pyrénées centrales, résume Etienne Dubarry, membre de l'équipe de suivi de l'ours à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) depuis ses débuts. "Il a survécu 15 ans en évitant tout. Il ne doit pas avoir un seul plomb dans la carcasse".

Ses débuts furent mouvementés. L'équipe ours se demandait même si les Slovènes allaient laisser partir un si bel animal (235 kg), susceptible de rapporter gros dans un pays où le privilège de tirer des trophées se paie.

Puis, "huit jours après son arrivée en France, il nous tape une brebis et la consomme presque complètement". Les trois premières années, l'ours se révèle être un gros prédateur et, avec une cinquantaine de brebis tuées par an, se fait encore plus d'ennemis chez les éleveurs.

Emmanuel Ménoni, autre membre de ONCFS, rappelle la fois où une bergère itinérante avait veillé toute la nuit sur son troupeau à 2.000 mètres d'altitude. Le bip-bip du collier émetteur de l'ours résonnait en permanence dans le récepteur dont elle était équipée. "L'ours tournait autour du troupeau et elle aussi. Je me rappelle sa tête décomposée au matin".

Pyros "soulevait la haine des éleveurs locaux". Il perd son collier émetteur mais les autorités le rééquipent. Au bout de trois ans, peut-être en raison des mesures d'effarouchement de l'équipe de suivi ou de sa meilleure maîtrise du territoire et de ses sources de nourriture, l'ours cesse de faire ripaille à tout bout d'alpage.

Pyros se fait alors tellement oublier que "la rumeur l'a tué plusieurs fois", raconte Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'ours-Adet. L'équipe ours n'est pas crue lorsqu'elle dit "qu'il est encore là" sur la foi des indices génétiques et photos prises par les caméras automatiques, ajoute Etienne Dubarry.

S'il vit dans une totale discrétion, "on sait que les femelles, il ne les manque pas" puisque il s'est accouplé avec au moins cinq d'entre elles et est le père, voire le grand-père d'une quinzaine d'oursons nés depuis 1997, dont une dizaine ont survécu. Les ours sont 20 ou 25 au total dans les Pyrénées.

"Il les attrape toutes, même celles qui sont loin de son territoire habituel. On en enfermerait une dans une cabane, il trouverait la clé", sourit le technicien.

Manque de chance pour la diversité génétique, il s'avère que les deux femelles slovènes lâchées en France un an avant l'arrivée de Pyros sont arrivées gravides et c'était déjà lui: il est le père de trois de leurs quatre oursons nés début 1997. C'était "énorme", se souvient Etienne Dubarry. "C'était déjà un mâle dominant en Slovénie".

Pour la première fois cette année, Pyros, loin de "faire sénile" mais qui a un âge certain, a de la concurrence. Moonboots et Balou ont osé une incursion dans le cercle des femelles cet été. "Il a dû y avoir des matches de boxe", dit Etienne Dubarry.

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