*Parc national des Pyrénées *

Le parc devra soulever des montagnes               Sud-Ouest, 8 Octobre 2011 *

Un demi-siècle après la création du Parc national, son périmètre va s'étendre jusqu'aux fonds des vallées. La montagne mise sous cloche, dénoncent certains.

 Parc naturel ou parc d'attractions, le débat se poursuit. ph. J.-J. SAUBI

Parc naturel ou parc d'attractions, le débat se poursuit. ph. J.-J. SAUBI

Sera-t-il bientôt défendu de regarder les petites fleurs dans les yeux au risque de les voir se faner avant l'heure ? Devra-t-on, à l'inverse, obligatoirement troquer ses chaussures de marche pour des charentaises, afin d'épargner les pâturages ? Ou bien nous conseillera-t-on finalement de ne plus respirer du tout, pour sauver ce qu'il reste de neiges éternelles ? Quarante-quatre années après la création par l'État du Parc national des Pyrénées, c'est en somme ce que prophétisent haut et fort les adversaires de sa prochaine extension dans six vallées, d'Aspe à Ossau, en plongeant par Azun, Cauterets, Luz et Aure.


 

Une sanctuarisation ?

Longue comme le règlement intérieur d'un pensionnat anglais, la liste des interdits régissant le cœur du parc ne devrait pourtant pas s'appliquer à ces 2 064 km² supplémentaires. Les 40 000 habitants pourront ainsi continuer d'y pédaler à VTT, cueillir quelques champignons et pâquerettes, taquiner la palombe, voltiger en parapente ou bien battre la campagne avec Médor sans verser dans la clandestinité. Autant de choses, en revanche, totalement exclues depuis 1967 un peu plus haut dans la montagne.

Harcelé par une bruyante minorité d'élus brandissant le spectre de la sanctuarisation, le président du parc promet donc de ne pas mettre ces 86 nouvelles communes sous cloche. Selon André Berdou, la charte qu'il dévoilera le 14 octobre au public serait même un modèle de tolérance. « Le maire reste le maître de son territoire. L'aire d'adhésion ressemblera en gros à un parc naturel où les activités économiques, touristiques - le ski - et sociales ne seront pas bannies. Concrètement, il s'agira par exemple de lutter contre la pollution visuelle des publicités, de préserver les rivières, d'établir des plans locaux d'urbanisme et, peut-être, de réfléchir à ne pas trop disperser les promeneurs sur les sentiers. »

Titillé par la vingtaine de communes ayant déjà anticipé leur sécession, André Berdou caresse d'ailleurs particulièrement les éleveurs dans le sens du poil de leurs bêtes, annonçant pour demain des prairies encore plus sonnantes et trébuchantes. « Avec cette charte, les crédits européens seront plus abondants pour notre agriculture. Quant à ceux qui, comme Jean Lassalle, clament le contraire, ce n'est que par pur goût de la polémique politicienne. Histoire aussi de retrouver un peu d'influence perdue dans les urnes. » Le tonitruant député  appréciera.


 

Une urbanisation galopante

Mais si les mentalités semblent avoir d'autant plus favorablement évolué que la création du parc a sans doute permis d'éviter à ce bout de montagne d'être défiguré - comme ce fut parfois le cas sur le versant espagnol -, le débat évoque d'abord la façon dont les générations futures vivront de - et à - la montagne. « Il va falloir décider si nous voulons des troupeaux et des fromages, ou si l'on se contente d'ours et de forêts de sapins », explique Jean-Paul Métailié, directeur de recherche au CNRS. « Choisir aussi entre une montagne agricole et une autre peuplée de résidences secondaires. La croissance urbaine est une tendance lourde au pied des Pyrénées, avec ce paradoxe que les jeunes éleveurs n'arrivent plus à se loger, alors même que les lotissements poussent comme des champignons. Dans cinquante ans, les vallées seront devenues des villes. »

À défaut d'avoir tout à fait réconcilié montagnards de souche et pièces rapportées, la future aire d'adhésion aura donc au moins permis de vérifier que la discussion environnementale ne vole plus forcément au ras des chardons bleus des Pyrénées. Plus forcément, car pour beaucoup d'autres, hélas, jamais une paix des braves ne se dessinera entre bétonneurs zélés et intégristes de nature naturelle rêvant par conviction de finir entre les griffes d'un ours.


 

Souris et chauves-souris

« Il y a quelques jours, une colonie de chauves-souris a été découverte dans la galerie thermale de Cauterets », raconte enfin André Berdou. « Eh bien, ils ont fait appel au Parc national en comprenant que ce serait un atout culturel. Vingt ans plus tôt, nous serions passés pour des emmerdeurs… Quand je vous dis que tout ira bien, et que la montagne accouchera d'une souris. »


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